Visage interdit, figure détruite

mardi 6 avril 2010
par  Matt

Visage interdit, figure détruite – Une histoire d’amour est une pièce radiophonique de Richard Kalisz. Ce documentaire autobiographique d’une durée de près de dix heures, en 33 chapitres, a été primé au festival Longueur d’ondes en 2008 et par la Scam Belgique en 2009.

À la suite de la rencontre/écoute organisée par Addor le 22 mars 2010, nous vous proposons ici de l’écouter en intégralité.


[bleu violet]« Il fallait éviter d’être poète et tout ce qu’est habituellement un artiste. S’obliger à regarder autour de soi de façon strictement réaliste. » Roberto Rossellini.[/bleu violet]

« À l’origine, il était question d’un documentaire sur la prostitution masculine. Plus exactement sur la relation prostitués-clients.

Mais je cherchais les voies de la création où l’auteur ne se situe pas au-dessus des personnes qui témoignent. Une œuvre où les êtres rencontrés nous deviennent personnages, où l’auteur se dévoile tout autant.

Il advient alors qu’une histoire singulière se tisse dans le déroulement des enregistrements. Et je ne me suis pas interdit de la vivre totalement, tout en la captant.

Fiction, documentaire ou effet de vérité ? Toutes choses rapportées ici sont vraies. Mais comme on sait, il s’agit de communiquer comment sont vraiment les choses. Ce qui, en général, est de l’ordre de la narration fictionnelle.

Il y a donc plus qu’une parole en situation : en un vertige dangereux et douloureux, elle est née des situations vécues par l’un et par l’autre. Se déroulant comme une histoire, il advient pourtant que rien n’est écrit.

La plupart du temps, les prostitués cachent leur visage lors d’interviews et dans leurs annonces (la concurrence via Internet commence à changer la donne). Mais, quoi qu’il en soit, se sont des corps sans tête.

D’ailleurs, le client exige un rapport direct au sexe, au corps morcelé, vendu comme marchandise. Un visage qui s’exprimerait rendrait l’achat improbable. Dans l’acte sexuel, le sujet reste sans histoire et sans humanité. L’affectif doit être nié. C’est si vrai que le baiser sur la bouche est pratiquement exclu. Paradoxalement, le plaisir du client repose sur cette négation.

À terme, les figures sont détruites, au propre comme au figuré, car on ne sort pas indemne du sacrifice de son visage et d’une double vie : on s’y brûle les ailes.

Mais il n’y a d’important que ce qui est nécessaire d’entendre, non de ce qu’il y aurait à voir : la voix, oui, le visage, non.

Ni caméra cachée, ni voyeurisme. Un micro rivé au corps, au plus près de la respiration et se déplaçant en même temps que l’auteur.

En sous-titre, “une histoire d’amour” : malgré la négation obligatoire, un lien passionnel conflictuel, brouillé, ambigu et empoisonné par l’exigence financière, s’empare des corps et des esprits. Progressivement, il s’agit d’une lutte pour la recomposition du visage. Et, par un étrange coup de dés qui “jamais n’abolit le hasard”, comme les protagonistes sont, l’un d’origine maghrébine, l’autre juif, les significations se multiplient, car dans la culture musulmane (autrefois dans la culture juive également) la représentation du visage est restée problématique.

Cette saga du désir et de l’intime, dans un mélange indissociable de ruses, de vérité, de comédie ou de déchirements tragiques, livre une histoire balbutiante, comme la vie même : rêve fragile et cauchemar. Se déployant dans sa crudité et son romanesque lucide, cette “mise en scène” sonore où le créateur même se retrouve mis en question, se joue, sans jeu, sans comédiens, sans préméditation et dans le défi constant aux convenances.

Le prostitué et son client ? Les plus grands auteurs en ont parlé, c’est vrai. Mais pas moi.

Et il ne s’agit pas de littérature. »

Richard Kalisz


1. Prologue - Petites annonces (3’55")


2. Remonter la pente (14’54")


3. Je suis dans la merde (17’40")


4. La cuisson des pommes de terre (29’18")


5. Je suis un artiste, moi (28’51")


6. Ça passera bien à la radio (14’06")


7. Je ne suis pas un pédé (22’55")


8. Une vie nouvelle (12’06")


9. Il y a toujours une première fois (24’59")


10. Un tour de quartier (18’51")


11. Je n’avais pas le choix (38’46")


12. Envie de pleurer (12’44")


13. En fumant le narguilé (12’20")


14. L’impossible amour (18’47")


15. À visage découvert (38’55")


16. Noir c’est noir (12’42")


17. À la mer, je vais être heureux (12’39")


18. La peur de l’autre (19’32")


19. Les larmes aux yeux (13’58")


20. Une histoire de famille (21’52")


21. Mon royaume pour une voiture (15’07")


22. On va se pardonner (14’13")


23. Sur la tête de ma mère (17’34")


24. Des fleurs royales (15’44")


25. Comme Dalida (15’32")


26. Questions sans réponses (6’39")


27. La place du micheton (16’34")


28. Je suis venu te dire que je m’en vais (16’30")


29. La loi du désir (27’58")


30. Une dernière cigarette (19’07")


31. Série noire (15’03")


32. Le trac de la vie (28’29")


33. Visage perdu – les mots de la fin (8’44")


Réalisation technique : Bernard Delpierre.
Intervention et collaboration : Carmela Locantore.
Citation musicale : Sextuor n° 1 en si bémol majeur, opus 18, de Johannes Brahms.
Citation cinématographique : Les Amants, de Louis Malle.
Enregistrement et réalisation : Richard Kalisz.

Production du Théâtre Jacques-Gueux, avec l’aide de la RTBF (« Du côté des Ondes »), du Fonds d’aide à la création radiophonique et avec le soutien de Radio Air Libre.

2008. © Théâtre Jacques-Gueux.


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