Treizième rencontre/ écoute d’Addor

jeudi 12 janvier 2012

Rendez-vous lundi 30 janvier 2012 aux Voûtes (Paris 13e) pour une soirée autour du travail de Juliette Boutillier et Maria Noce.

[bleu violet]Juliette Boutillier et Maria Noce[/bleu violet]

Addor vous invite à une rencontre/écoute avec Juliette Boutillier et Maria Noce, lundi 30 janvier 2012 à 19h30 aux Voûtes (19, rue des Frigos - 75013 Paris).

Juliette Boutillier et Maria Noce sont les réalisatrices du Shop Bag Radio.
Elles ont obtenu le Grand Prix Radiophonic en 2007 pour « L’Histoire est faite de petites histoires (Dernières lettres de Stalingrad) ».
Leur travail a été produit et diffusé par et pour Radio Panik, l’ACSR, la RTBF, France Culture...

Venez nombreux !
Il y aura à manger sur place, le lieu est ouvert dès 19h !

Maria Noce commence la danse contemporaine par quelques années de secrétariat trilingue en Italie pendant que Juliette Boutillier abandonne sa cinquième année de médecine à Marseille pour se lancer dans une carrière théâtrale en faisant du marketing téléphonique.
Un jour, Maria s’offre une vespa, fait ses valises et Juliette achète un billet de train pour Paris.

Quelques années plus tard, l’Italienne et la Française se rencontrent lors de la création d’une pièce théâtrale dont le sujet s’inspire de témoignages de femmes américaines errantes, sans domicile fixe (“Shopping bag ladies”).

Aujourd’hui, entre deux tâches quotidiennes, elles bricolent ensemble des documentaires sonores.

Ainsi, le Shop Bag Radio se compose essentiellement de personnalités hétéroclites qui partagent la même envie d’une recherche autour du réel et du monde qui les traverse. À partir de matériaux aussi éclectiques que des archivages de rencontres hasardeuses, des interviews officieuses, des captations d’ambiance, des archives radio poubelles, des petits bouts fugitifs intimes (dont on veut garder trace car la mémoire est volatile) et d’installations sonores et plastiques… elles s’isolent et créent des formes métaphoriques.

Rapport à la radio

Nous aimons la petite anecdote du quotidien. Le son étrange et ordinaire qui en sourd. Le murmure qui s’en dégage... Le vrombissement des avions qui traverse la lucarne du grenier où nous travaillons, le piaillement des oiseaux qui s’échappe des interstices des volets, le claquement de la porte des toilettes, l’après-midi… Nous avons toujours dans notre sac un petit enregistreur, au cas où. Et nous captons des bruits anecdotiques lors de balades à vélo ou dans le métro. Le micro enregistre la parole de l’anonyme comme celle de la « célébrité », les silences hasardeux ou signifiants des uns et des autres. Il prend la « réalité sonore » le plus largement possible, dans ses ultimes recoins, sans préméditation. Il accorde la même importance au bruit qui pourrait sembler à priori, simple murmure, petit, étroit, insignifiant qu’au vacarme fracassant de l’exceptionnel.

Notre écoute s’attarde sur les ambiances diverses, lointaines ou proches, ténues ou fortes qui accompagnent le témoignage ou l’action. Ensuite, nous détournons ces ambiances du réel et les restituons dans nos documentaires.
« La puissance évocatrice du son » n’est pas qu’une tarte à la crème des écoles de journalisme. C’est une réalité. Elle transforme la radio en le média le plus vivant qui soit, un robinet ouvert sur le monde. Nous la trouvons bien plus forte et moins intrusive que la télévision car comme dirait Welles, « l’écran y est plus grand ».

Nous avons toujours « vu », avec l’usage du son, un moyen d’ouvrir le panorama du réel, d’y raconter un monde ressenti.
C’est pourquoi dans nos vastes cuisines, nous écoutons ad libitum des nouvelles du monde profond, par l’intermédiaire de petits transistors. Ce monde dans lequel nous vivons est parfois brouillé, confus, noyé parce que saturé... Comment essayer de le restituer dans sa proximité ? En cherchant, peut-être, le bruit qui s’adapterait et qui irait avec ce qui est raconté. Il deviendrait métaphore « nécessaire », ni systématique ni formelle. Son rôle de souffleur, comme au théâtre, devrait juste suggérer une ouverture, donner un espace à l’imaginaire de l’auditeur.
De notre lucarne, s’éteint doucement le piaillement des oiseaux, la rumeur lointaine de l’autoroute la remplace…

Juliette Boutillier, Maria-Grazia Noce